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Benin - Kuivonhoué


de Adeline, 14-07-2006

Au bout de la piste


11/07/06
Ce matin nous sommes en partance pour un petit village perdu dans la brousse, au nom imprononçable : Kuivonhoué
Aimé, le sociologue rencontré dans le train, s’est proposé pour nous accompagner au village, prétextant qu’il a peur pour nous. Ce qui pourrait partir d’une délicate attention va vite devenir un poids pour notre philosophie du voyage.
Je dois subir en permanence ses observations sur ma manière de faire, je dois me tenir en retrait par rapport aux hommes, mais je ne dois pas non plus marcher sur le bord seule…enfin bon j’avoue que même si ma volonté de découvrir la culture africaine est grande, j’ai tout de même des acquis avec lesquels j’ai grandi et dont je ne souhaite pas me séparer, à savoir la place de la femme par rapport à l’homme.

Pour rejoindre ce village il nous faut d’abord prendre un taxi brousse à Abomey. Cette fois ci c’est la voiture la plus pourrie que j’ai jamais vu. Des bouts de tôles soudés et ressoudés…un massacre. Nous nous installons tant bien que mal dans la voiture, serrés que nous sommes. Il faut dire que nous sommes pas moins de quinze personnes. Oui vous avez bien lu, et oui il s’agit bien d’une voiture tout ce qu’il y a de plus banal. Ici à chaque fois que tu montes dans un taxi-brousse tu dois relever la plaque d’immatriculation au cas ou….et bien sur pendant le voyage ne jamais t’adosser uniquement à une portière car elle peut lâcher à tout moment. Mais que fait la police dans tous ça ? Eh bien elle contrôle, au oui pour ça elle contrôle. Sauf que ici la corruption est monnaies courante (si j’ose dire) et en l’échange de 1000 CFA on te laisse poursuivre ton chemin tranquillement. Je vous laisse calculer le nombre de taxi-brousse qui tourne, et donc l’argent de poche que se fait le policier de faction (bizarrement d’ailleurs il paraît qu’ils sont très motivés pour faire ça…)

Mais là ou ne peut aller le taxi ira le zem. La fin du voyage se fera donc à dos de zem. Et la c’est l’angoisse. Déjà on est sur une piste qui n’est plus une piste. Ravinée par les pluies la moto slalome habilement entre les trous les bosses, et tout ce qui entrave son passage, pendant ce temps la toi à l’arrière… ;eh ben tu t’accroches. A la vitesse ou il va ( parce que en plus il accélère comme un malade) tu n’oses pas imaginer si par malheur accident il doit y avoir,. De toute façon tu restes préoccuper par toute cette poussière qui rentre dans tes yeux ton nez…

Heureusement voici le village ! Mais très vite les doutes m’assaillent. Ils n’ont pas l’air de savoir pourquoi nous sommes là, de la part de qui nous venons…bref y a une couille dans le pot au feu ! Et si on nous demandait de repartir ? oh non s’il vous plait…Enfin tout s’arrange, et très vite le regard d’ébène laisse apparaître une grande hospitalité. Nous pouvons rester.

Nous logerons dans une des classes de l’école. Dans ce village il n’y a pas d’électricité, sauf au dispensaire qui la transforme à l’aide de panneau solaire. C’est d’ailleurs ici que nous viendront nous doucher (ou nous baquet comme vous préférez). En revanche nous avons un « trou » rien que pour nous. Ce sont les toilettes de l’école qui se situent à quelques mètres de notre salle, dans la cour. C’est un peu comme avoir son petit chez-soi.

Bien sur notre accueil ne peut se passer sans un petit verre de « sodabi » offert par les directeurs d’écoles, le président de l’association des parents d’élèves, le chef du village…C’est l’occasion pour nous d’échanger sur l’école d’aujourd’hui au Bénin, et les difficultés à mettre en place le « nouveau programme » sans les moyens.
Il y a dans cette école deux classes par niveau du CEI (année avant le CP, mais différents apparemment de la maternelle) au CM2. Dans chaque classe il y a environ 60 enfants. Ils sont assis par trois sur nos bons vieux bureaux de bois à casier.

Comme pour midi nous mangeons le repas du soir enfermé dans le noir, sous le directive d’Aimé. J’ai l’impression d’être une réfugiée qui doit rester cachée, ça ne me plait pas trop !

12/07/06
Réveils en fanfare entre les multiples cocorico et les cris des gamins. « Mais ce n’est pas possible ils ne dorment donc jamais » me dit Ogo.
L’heure du brossages de dents est venu . Ici c’est un peu le « space moutain » africain, l’attraction à voir absolument. Les petits accourent de partout pour nous observer.
Même si les cours sont fini, beaucoup d’enfants sont habillés avec leurs uniformes. Il semblerait qu’ils n’aient pas autres choses à se mettre.

Nous organisons des jeux, et alors la j’ai envie de dire ouah !!! Armelle je te comprends quand tu relaté la difficulté de les faire jouer.
Le problème de la langue est déjà un frein énorme. Expliquer un jeu quand les enfants ne comprennent pas la langue n’est pas des plus aisé. Heureusement je trouve une aide précieuse en Alain. C’est un jeune qui doit avoir environ quatorze ans. Il me dit que l’année prochaine il rentre en sixième. Après avoir bien remué ma mémoire je peux expliquer les règles à Alain qui les retraduis ensuite aux petits qui n’attendent qu’une seule chose : jouer !
Chaque jeux est accueilli avec joie mais reste toujours très difficile à encadrer. Une joyeuse anarchie règne, mais c’est tellement agréable de les voir rire comme ça. Ce qui est sûr c’est qu’ils ont besoin d’être en permanence soutenus et mobilisés, sinon ils arrêtent le jeux. Il faut aussi penser à plusieurs animations en même temps parce que les plus grands ne veulent ni jouer avec les filles, ni avec les petits. On m’a d’ailleurs demandé à plusieurs reprises au sujet des filles : « mais elles peuvent jouer ? » sous-entendu tu crois qu’elle peuvent faire ça ?!!!
Quand les jeux s’arrêtent c’est parce que Ogo et moi nous crions grâce. C’est fou ce que ces gosses ont la patate. On se sent bien vieux et rouillés à coté.

Ce soir nous pouvons enfin nous sustenter sous le auvent. Et c’est des plus agréables, la nuit est merveilleuse et calme (eh oui les enfants ont regagné leurs maisons). Bien loin de la pollution de nos villes, le ciel laisse apparaître toutes ses étoiles qui scintillent dans le ciel. C’est instant serait magique si il n’y avait pas les réflexions d’Aimé qui m’insupportent de plus en plus !!!

C’est une nouvelle nuit qui se passe, bercés par le doux bruit des rats, margouillat, chauve-souris et autres compagnons nocturnes.

13/07/06

La matinée est consacré à visiter le village. Toujours entourés d’une horde de gamins nous rencontrons tours à tours vendeuses de tomates, et autres aliments, meunier, couvreurs, artisans, agriculteurs…
Chose amusant ici les poussins sont roses fluo ! Ils font cela pour ne pas que les éperviers ne les emmènent…
Nous sommes sponsorisés par les enfants qui ont marqué, à la craie sur leur dos des inscriptions telles que : Adoline, Oliviel….c’est marrant. Des que l’appareil pointe son nez ils vont alors se précipiter et rivaliser d’acrobaties pour apparaître sur la petite image.
Lors de nos douches nous rencontrons souvent une ENORME araignée…mais jamais la même étant donnée que nous prenons soin de l’écraser à coup de balai brosse. Bien sur après on ne laisse jamais traîner son cadavre…il ne manquerait plus que ça soit une de leur divinité et que l’on déclenche des foudres…

Bien sur cet après midi nous n’échappons pas à notre formation bafa qui n’est décidément pas de tout repos.
Aimé a reçu un message aujourd’hui d’un de ces disciples qui serait en difficulté, il se doit d’aller l’aider. Nous n’avons pas tout compris, mais ce départ express nous laisse seule (enfin !!!).
Ce soir nous pourrons donc profiter entièrement du ciel étoilé…tout en préparant notre départ du lendemain pour Grand-Popo.

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